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Novlangue est un univers totalitaire inspiré de 1984 (G Orwell)

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 A celle que je vois se fâner...

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MessageSujet: A celle que je vois se fâner...   Sam 8 Mai 2010 - 20:49




Elle a les cheveux courts parsemés de cendres, l'épi railleur et des rides d'expression. Elle a le front plissé, le regard franc et le dos fragile. Elle a l'ouïe fine, la voix qui porte et un œil de verre. Elle ne sourit plus, tait ses doutes et ses peurs, ne se plaint jamais mais constate. Elle aura un demi-siècle demain, ou après-demain, je ne sais plus. Elle aura un demi-siècle et gardera son âme d'enfant, c'est promis.

J'ai guetté dans tes yeux aujourd'hui une lueur d'espoir, un pétillement qui me signifierait ton bonheur. Mais j'ai eu beau chercher, chercher encore, je n'y ai rien trouvé. Il y avait de l'inquiétude, à n'en pas douter, de la lassitude, de l'abnégation, de la tristesse, des regrets, de l'incompréhension, de la mélancolie mais pas un seul petit espoir de bonheur.
J'ai regardé tes mains se crisper sur la nappe, ton dos se voûter à la simple évocation de tes ennuis. Tu as enfilé une vieille robe de chambre mauve pour dissimuler les kilos qui te manquent. C'est ce temps gris qui te donnait froid dans le dos, m'as-tu rétorqué. Je ne suis pas dupe. Depuis le début de l'année, tu traînes tes savates sur le carrelage froid de la cuisine et réchauffe les plats de la veille parce que tu n'as pas le temps pour autre chose.
Je t'observe, j'essaye de comprendre, comment toi, toi si visionnaire, si enjouée, si attentionnée, tu peux te flétrir aussi vite...
Je t'ai vu vieillir, t'épuiser chaque année un peu plus, t'éroder comme la falaise qui fait face à la mer. Je t'ai vu souffrir de ce que disent les autres, souffrir de ce que font les autres, souffrir du malaise qui ronge ton foyer, souffrir de ne pas voir le temps passer, souffrir de ne profiter de rien. Souffrir.

Maman...


Elle est fonctionnaire. Professeure des écoles parce qu'on ne dit plus institutrice, ça fait mauvais genre. Oui, elle fait partie de ceux qui ont les mêmes vacances que leurs enfants, elle fait partie de ceux qui commence à neuf heures et termine à cinq heures moins le quart. Elle fait partie de ces fainéants payer à ne rien foutre auxquels on envie la sécurité de l'emploi.

Hier, je me suis couché tard. Il était près d'une heure du matin, je t'entendais encore t'activer dans ton bureau. C'est un bordel, c'est toi même qui le dit. Mais c'est ton bordel, et moi parfois, je ne te le dis pas, mais je vais y farfouiller. Des fois j'y trouve des trésors; nos vieux albums de famille, nos photos de classe, nos dessins d'enfants. Des fois; parce que le plus souvent, je tombe sur un pile de cahiers bleu à corriger, une autre pile de contrôle qui datent déjà d'il y a deux semaines, un tas de feuillets administratifs à remplir d'ici demain qui sont toujours vierges.
Demain... Tu t'endormiras devant le film du soir, tu réclameras un thé à l'heure du Journal de 20 heures parce que tu viendras juste de rentrer de l'école. Tu auras même certainement oublié un papier important et tu devras y retourner une fois le dîner passé.
Dimanche, tu paniqueras parce que le lendemain il faudra pondre par miracle un cour de mathématiques. Tu songeras aux vacances lointaines et souhaiteras y être déjà. Mais je connais déjà la suite. Il y aura des après-midi entiers passé dans ton bordel, des soirs de crises parce que tout n'avance pas comme tu voudrais. Et puis il y aura ces foutus emmerdes qui te tomberont sur le coin de la figure, parce qu'à force d'être trop consciencieuse, trop impliquée, forcément, forcément, il faudra que quelqu'un vienne foutre la merde.

Maman...


Elle est ce qu'on a vu de meilleur en ce monde. Alors forcément, le monde l'a bouffé, parce que le meilleur, ça ne peut pas exister. Le monde a mordu ses bonnes intentions, dévoré ses passions, mastiqué ses illusions, vomi ses rêves et craché ses espoirs. Il l'a rongé de l'intérieur, l'a détruite à petit feu et l'a laissé sur le bord du chemin comme une vieille carne dont aurait sucé toute la moelle.
Maman a compris ce qu'est le monde aujourd'hui, et elle regrette parfois de nous y avoir fait naître. Maman lit dans les cœurs comme dans des livres ouverts, et jamais, jamais elle ne se trompe. Maman ne pleure pas, elle n'a plus de larmes, et puis elle dit que tout cela n'en vaut pas la peine. Maman n'attache plus d'importance à ce que l'on dit d'elle, à ce qu'on lui reproche, du moins c'est ce qu'elle affirme. Maman a sa conscience pour soi, le sentiment de bien faire mais l'âme tourmentée.


Tu es ce qu'il y a de meilleur en moi.
Tu es ce que je suis mais ne serais jamais.
Maman...




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